25.01.2012
A la manière de
Pour Lolita
D’après Nabokov - et Gainsbourg
Elle s'appelait Lolita
Jeune enjôleuse ma geôlière
Et ses lèvres disaient lilas
Les échos doux des écolières
Un jour Lolita dans mon lit
Câline vint se calfeutrer
Joliment Lo elle a pâli
Quand dans mes bras je l'ai serrée
Je l'ai serrée contre mon corps
Petite fille désarmée
Puis elle a murmuré encore
Longtemps nous nous sommes aimés
Elle fut déflorée ma Lo
Au lit des rêves de poupées
Sans cri sans larmes ni sanglots
Mais bellement sa bouche bée
J'ai brûlé l'antre de ses sens
Amoureusement le remous
Mensonge de son innocence
Aux incendies d'un désir fou
Elle s'est éclose à ma bouche
Et ses douze ans se sont défaits
Au fil de ma libido louche
Ma Lola de conte de fées
Hélas Lola c'était mon lot
Un jour d'été s'en est allée
Un jour est venu le salaud
Avec lequel Lo a filé
Depuis je suis inconsolable
Depuis la belle a convolé
Ma Lola ma Lo adorable
Au ciel de ma vie envolée
Depuis je traîne ma tristesse
De lit en lit de bar en bar
Pleurant l'union dans mes ivresses
De Lo avec ce salopard
Elle s'appelait Lolita
Jeune enjôleuse ma geôlière
Et ses lèvres disaient lilas
Les échos doux des écolières
Céziers.
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20.01.2012
Mon vieil ami Oscar
Oscar a des soucis.
Depuis quelque temps, Oscar ne cesse de maugréer : la situation économique l’inquiète. Le voyant dans cet inquiétant état d’abattement, je lui ai demandé s’il avait beaucoup de placements en banque.
- Plaisantin ! Avec la maigre retraite que je perçois, penses-tu que j’ai de quoi thésauriser ?
Afin de le dérider, je lui ai dit que je comprenais mieux pourquoi il ne se résolvait pas à renvoyer son épousée à d’autres pénates. Ne partageait-elle pas avec lui les frais du quotidien ?
- Oui, mais c’est moi qui fais les frais de sa sempiternelle mauvaise humeur.
Heureusement que je suis un homme affable.
- Je te crois atteint de dysphasie. Tu voulais sans doute dire : un homme à femmes ?
Il m’a considéré avec découragement, comme s’il désespérait de me faire comprendre un jour que je me trompais à son sujet et que je me faisais de lui une image dégradée qui ne correspondait en rien à son être intime. Puis il a repris ses lamentations sur l’avenir économique du pays : la dette, les déficits, le triple A émasculé, tout ce que les journaux nous serinent depuis un long moment.
- Ah, l’euro, s’est-il écrié, c’est le roman-feuilleton d’aujourd’hui, le robinet à inflation, le rogneur de salaires… L’euro déroge !
- Ne me dis pas que tu penses voter Marine ?!!
Il a encore eu son air de découragement : « Je ne suis pas encore sénile ! » et il s’est mis à chanter : « Marine est là, Sur les traces de son papa, Pour ell’ je ne voterai pas, Et je lui dis bon débarras ! »
- Regarderais-tu du côté de Mélanchon ?
- Ne mélanchons pas tout car je ne t’ai rien dit.
Il a repris sa démarche voûtée, comme accablé par la grisaille qui s’annonçait à l’horizon.
- Et puis, cerise sur le gâteau, ce problème du gazole frelaté !
- Mais, que je sache, ta guimbarde roule à l’essence, non au diesel…
- Je n’en suis pas moins solidaire de ces braves gens qui sont allés, sans méfiance aucune, faire le plein et qui se sont retrouvés en rade avec une facture impossible à régler. Il y a là comme un vice caché.
- Pour toi qui fais souvent le plein, tes vices ne sont pas cachés ! me suis-je esclaffé.
Cette fois, mon humour l’a poussé hors de ses gonds. Il a lancé un juron et s’est éloigné en me criant : « Au déplaisir de te revoir ! »
Céziers.
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14.01.2012
Nouvelle
Véra. (suite)
Hélas, il y en a eu d’autres, beaucoup d’autres ! Il faut dire que vous deveniez de plus en plus femme, de plus en plus belle et je comprenais que votre beauté séduisît ces jouvenceaux à la barbe naissante qui se prenait déjà pour des hommes. J’attendais toujours de savoir s’il s’agissait d’une passade ou d’un amant de cœur. Quand cela durait plus d’un mois, je m’inquiétais. Ainsi de ce petit Italien que vous avez trop rapidement admis dans votre couche. Je dis « Italien » à cause du nom qu’il portait, de son teint olivâtre et parce qu’il gesticulait beaucoup quand il s’exprimait. J’avais pris la précaution de me grimer pour le fréquenter. Un soir, je l’ai fait boire plus qu’il n’en avait coutume et quand nous sommes ressortis du dernier bistrot, il était totalement ivre. Je lui ai conseillé de ne pas rentrer chez lui immédiatement, de prendre l’air, de marcher un peu, pour autant qu’il pouvait marcher car il titubait et trébuchait sans cesse. Nous sommes descendus sur les quais. Il s’est mis à chanter et j’ai craint un instant qu’il n’attirât l’attention sur nous. Mais, à cette heure tardive d’une nuit d’hiver, il n’y avait plus personne pour flâner, à part quelques crève-la-faim que nous avons croisés, mais qui ne nous ont sans doute pas remarqués, embrumés qu’ils étaient eux-mêmes par l’alcool, la maladie, la solitude. Et puis est venu le moment où il fallait en finir. Mais lorsque je me suis décidé à passer à l’action, le destin s’est substitué à moi. Je l’ai vu perdre l’équilibre et tomber dans le fleuve, mollement, comme au ralenti. J’ai aperçu quelques instants son visage qui émergeait et ses bras qui faisaient un clapotement sur l’eau noire. Il n’a même pas crié. Il m’a semblé qu’il s’endormait, qu’il allait dormir à tout jamais dans le fond de la Seine. Le fleuve l’a absorbé brusquement. Tout était fini. Je suis rentré chez moi.
Cette fois, la police est venue vous interroger. Sans doute cherchaient-ils à savoir si vous n’étiez pas le fil conducteur de la mort de vos deux amants. Je suppose qu’ils ont aussi recherché l’homme qui avait accompagné au cours de sa dernière soirée celui qui s’était noyé. Mais comment le retrouver ? Ils disposaient de si peu d’indices… Ils ont fini par conclure qu’il s’agissait bel et bien d’un accident, ce qui était d’ailleurs le cas. La seule chose dont je sois coupable, c’est d’avoir projeté sa mort et, surtout, de ne pas l’avoir secouru. Croyez bien que je n’en ai aucun regret…
Vous vous êtes bien vite consolée de la perte d’un amant que vous n’aimiez pas vraiment. La vie, pour vous, continuait. Mais, pour moi, c’est à cette époque que la médecine m’a condamné. Je n’en ai pas moins continué à vous adorer en silence. J’ai souvent prié pour que vous renonciez définitivement aux hommes, à tous les autres hommes comme j’avais renoncé à toutes les femmes, pour que vous ressentiez, au fond de vous-même, qu’il y avait une âme qui vous attendait, qui vous espérait, qui souffrait l’extase d’un amour aussi infini qu’impossible. Mais c’est précisément à cette époque que vous avez rencontré l’homme avec lequel vous avez envisagé vous marier. Vous vouliez aliéner votre liberté à un individu dont vous ignoriez l’existence quelques mois auparavant ! J’ai assisté depuis mon observatoire à la réunion familiale qui scellait vos fiançailles. J’en ai été atterré, humilié, mortifié. Devais-je poursuivre mon œuvre ? Ou vous abandonner à une existence ménagère affligeante ? Après tout, j’allais bientôt mourir. Dès lors, que m’importait que votre destinée me devînt étrangère ? Puis, peu à peu, je me suis repris. Ce n’était qu’un moment d’égarement. Il y avait en moi une volonté dont je n’étais pas le maître et qui me poussait à continuer. Je me suis plu à imaginer que cette volonté provenait de vous, que vous l’insuffliez en moi, que je n’étais que le réceptacle de votre désir le plus intime. Oh, je vous ai bénie de m’avoir remis dans le droit chemin !
Comme le verdict des médecins était sans appel, je me suis fait une joie de m’impliquer cette fois dans la mort de votre futur époux. Et vous avez appris, quelques temps après vos accordailles, que votre promis venait d’être assassiné ! Je me suis rendu dans son appartement sous le prétexte de lui révéler un secret qui vous concernait et, là, je l’ai poignardé avec délectation. Je me suis repu de son agonie. Je l’ai terrassé de douze coups d’un vieux poignard de chasse que j’avais pris soin d’effiler avec une application toute religieuse. Et chaque fois que la lame pénétrait dans sa poitrine, une onde tétanique de jouissance parcourait mon corps. Le dernier coup, je l’ai porté en dessous du plexus et j’y ai laissé l’arme en manière de croix, ce qui m’a suggéré de placer le corps du défunt dans la position d’un gisant, ses mains enserrant la lame. Requiescat in pace ! Une fois mon œuvre accomplie, après avoir repris mon souffle, je me suis rendu dans la salle de bains pour me débarrasser de la gangue visqueuse qui me collait aux mains et au visage. J’avais bien des traces de sang sur ma chemise, mais je savais qu’il n’y paraîtrait pas sous mon imperméable fermé. Et puis, comme je vous l’ai dit, je ne me souciais plus d’être appréhendé.
Voilà, je vous ai tout dit. Cette confession vous permettra d’apaiser les soupçons d’une police totalement dépassée par ces décès successifs dont vous êtes le lien et qui n’a cessé de vous harceler depuis ce dernier meurtre.
Véra, je vais mourir. Ma vie, ma pauvre vie, ma misérable existence n’aura eu de sens que par vous. Vous avez été, sans le savoir, ma source inépuisable de réconfort et de désespérance. Vous m’avez donné les joies les plus fortes et les douleurs les plus intenses. Je vous bénis entre toutes les femmes d’avoir été cette lumière ineffable qui a enchanté mon destin et exalté mon âme.
Vous ne recevrez cette lettre qu’après mon décès. Elle vous sera remise par mon notaire. J’ajoute que je vous ai légué le peu que je possède : quelques économies et cet appartement qui a été pour moi le temple de mon recueillement et le tombeau de ma solitude.
Fasse le ciel que ce récit vous transforme en vous-même, en ce que vous avez toujours été, ma promise éternelle, et que vous ne cessiez plus de penser à celui dont l’impeccable adoration vous a rendu à votre majesté.
Céziers.